19/06/2014

[ INTERVIEW ] FRED QUEMENER

Interview : Hemidy Basile (Forward Krew)
Merci également aux différents photographes qui nous ont donné quelques clichés pour alimenter l'article.

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Je devais être en CE2, en train de me remettre de mon voyage scolaire au Futuroscope quand Fred Quemener, lui, commençait à surfer tranquillement au Cap Sizun avec une bonne vieille Manta.
Et encore des cheveux sur la tête.

"Fred Quem" a toujours été une sorte de légende pour moi.
J'en entendais parler régulièrement, je voyais partout des photos de lui scorer comme personne ne l'autorise, et malgré avoir cruisé toute la côte finistérienne (ou presque) pendant 6 ou 7 années, je ne l'avais jamais croisé.
Existait-il vraiment ? Était-ce un hologramme virtuel inventé par Ronan Gladu et Jacques Kervaillant pour Emglev, Glissebretonne.fr et Bodyboard-mag ?

La question commençait vraiment à se poser dans ma tête.

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Salut Fred ! Pour certains tu es un bodyboardeur chauve (donc vieux) de plus, alors que pour d’autres tu es un rider incontournable dans l’histoire du bodyboard breton. Mais la nouvelle génération n’a peut-être jamais entendu parler de toi, car oui, tu es quelqu’un de discret. 
Peux-tu te décrire en quelques lignes, histoire de cerner la bête ? 

Pour les gens qui ne me connaissent pas, je m'appelle Frédéric, je suis originaire du pays de Cornouaille où j'ai vécu une partie de ma vie jusqu'à présent vers Audierne. J'ai une attirance pour l'eau depuis toujours ; étant gamin (ça devait être en 92) je me souviens rentrer avec mes parents dans un kiosque à Seignosse et acheter le magazine Bodyrider avec en couverture une photo de Stewart dans le premier flow rider en Californie, c'est là que j'ai découvert le bodyboard. Deux ans plus tard, le jour de mes 15 ans mon père m'a offert une intégrale manches courtes et ça a tout déclenché. L'hiver suivant j'essayais mes premiers rollos avec une imposante combinaison de plongée (la sienne oui) sur le dos et une BZ ben T10 au slick marbré à Kervel en baie de Douarnenez. Ma seule référence (et non des moindres !) était la vhs 'riders of tubes 1' de Tom Boyle et ça j'en suis plutôt fier.





Je reste vivre en Bretagne car j'adore cette région, en revanche dès que j'en ai la possibilité je mets les voiles pour mieux revenir car le climat ici finit par te rouiller les articulations. Pour l'instant je me suis un peu promené en Australie, en Indonésie, en République Dominicaine, mais aussi en Europe, avec les îles Canaries par exemple. Entre 2000 et 2007 j'ai participé à quelques compétitions du circuit fédéral quand j'en avais l'envie mais être un compétiteur tu as ça dans le sang ou pas, moi ça n'a jamais été mon cas. Par contre j'ai eu la chance d'être invité au Annaelle Challenge en 2012, ce format de contest est le meilleur que j'ai connu et si c'était à refaire je le referai ! 

Pour résumer donc que du "surf libre", je ride aussi en shortboard ou en 8' suivant les conditions. J'ai bossé dans le commerce du bodyboard/surf via Kanabeach pendant 4 ans sur Brest ; je suis revenu dans le coin il y a un an et je travaille à Dezert Point sur Quimper depuis octobre.



Effectivement, venons en sur le faite justement que depuis peu tu es en charge du shop matos de Dezert Point de Quimper. Quand j’ai appris la nouvelle je dois t’avouer que je me suis dis « ça, c’est putain de génial! ». Je savais qu’en étant à la tête de ce shop tu allais faire ton maximum pour proposer du matériel de qualité. Rajouté à ça tes connaissances (oui, Fred est une encyclopédie) et ta gentillesse, la clientèle ne pourrait qu’être ravie.
Comment tu t’es retrouvé en charge de Dezert Point ? Ça a donné quoi les premiers mois ? Quels sont tes projets avec ce shop ? 

Bon, je suis loin d'être une encyclopédie faut pas déconner et surtout je peux être quelqu'un d'assez désagréable parfois... Dezert Point a été le premier shop à m'aider en tant que rider fin 90's début 2000, donc Alan Le Corre (le fondateur) et moi nous nous connaissons depuis un paquet d'années. Au mois de mai on a repris contact naturellement, il m'a proposé de rentrer dans la team de la marque, puis en octobre dernier il m' a demandé si je pouvais être dans le shop pour le gérer seul, je n'ai pas hésité une seconde. 

Pour l'instant c'est un peu une épicerie, je reçois des choses en quantité limitée mais je rentre de plus en plus de marques ; je ne veux travailler qu'avec du matériel que je teste et dont je suis sûr. L'idée est que ça dure et que je parvienne à pérenniser l'activité du shop en soutenant le bodyboard autant que je peux. Pas mal de riders sont passés me voir dans l'hiver et je les remercie vraiment pour le soutien, j'ai quelques projets à venir pour la boutique dont je parlerai bientôt. 





Aujourd'hui je fais cohabiter le shortboard et le bodyboard dans le même espace de vente et c'est un pari risqué en 2014 ; pour rester crédible il faut y créer deux univers distincts et pratiquer les deux glisses. Je pratique le shortboard quand je n'ai pas envie de rider en boogie, j'essaie d'apprendre tous les jours sur les shapes depuis 5 ans et c'est vraiment passionnant, ça m'aide dans ma lecture de vague. Je pense même que surfer debout de temps en temps me fait progresser en bodyboard, surtout cette année. J'ai eu à ce propos des conversations intéressantes sur ce sujet avec Théo Caget ou Mael L'Helgouac'h il y a quelques jours et on était d'accord sur ce point : on ne peut pas vivre avec un esprit étriqué alors on change de support en fonction des vagues mais le boogie reste ma priorité et ma passion.


Tant qu’à parler business, tu penses quoi de l’industrie du bodyboard en ce moment ? Le world tour menacé d’être supprimé, puis finalement Kellog’s (oui, vous avez bien lu « Kellog’s ») qui décide de le financer, ça nous mène où selon toi ? Il y a des choses que tu soutiens et d’autres que tu déplores dans ce secteur ? 

Mmm... Délicat comme question. Je ne vais pas revenir longtemps sur le passage à vide de l'IBA depuis l'an dernier mais quand même... Tellement de gens en ont parlé sur Twitter/Facebook ou BBF comme s'ils savaient tous ce qui s'est réellement passé, c'était drôle et en même temps agaçant à lire. 
L'IBA est une société en commandite par actions, ce qui veut dire que sans commanditaires (actionnaires) qui posent de l'argent sur la table il ne se passe rien. Le problème est là : le bodyboard n'intéresse pas ou peu les investisseurs potentiels et quoi qu'on dise le problème vient en partie de ses pratiquants dans le monde.
Je m'explique : c'est si facile d'accès que les médias/public font toujours l'amalgame entre estivants avec leur jouet de plage et le « vrai » riding sur un bodyboard. Ça fait juste 20 ans que ça dure, je me souviens avoir sorti exactement la même phrase il y a 8 ans pour un petit article du Télégramme lors de ma sélection aux championnats de France à la Torche. 




Le shortboard a aussi explosé ces 6 dernières années en démocratisant complètement les rerverses air, flips et autres rodéos sur n'importe quelle vidéo, je me demande si ça n'a pas rendu les mêmes tricks moins crédibles aux yeux du grand public lorsqu'ils sont exécutés en bodyboard sur les vagues moyennes. Et enfin il y a les comportements, quand tu vois un gars coller des ragasses à tout va au milieu de shortboarders un bon jour en saccageant systématiquement ses vagues avec trois trime line devant le tube et un demi rollo collé au bord ça ne fait rêver personne. Ce que je décris là c'est l'image qu'ont la plupart des gens tout univers confondus sur le bodyboard encore aujourd'hui et c'est malheureux. Ceci dit, j'ai des potes qui surfent juste pour le plaisir mais sans le faire au détriment des autres glisseurs, ils attendent leur tour et sont cools tout le temps à l'eau. 

À côté de ça nous avons des Bretons tellement doués qui donnent une belle image du bodyboard en France et en Europe, je pense à Jean-Sébastien Geffroy, Julien Le Séhan, Morgan Le Quellec ou Yann Salaun pour ne citer qu'eux. Yann est un gars que je respecte, il progresse tout le temps et se remet en question, c'est un perfectionniste ; il n'a pas de sponsor néoprène cette année et je trouve ça incroyable. Je ne parle même pas d'une comparaison de ses soutiens avec ceux d'un shortboarder niveau régional parce que là, on comprend le fossé entre les deux disciplines.






En ce qui concerne les épreuves internationales, Mike Stewart a porté le contest une seconde fois pour l'épreuve de pipeline et heureusement qu'il est là. Avec l'APB les pros vont essayer avec peu de moyens de créer quelque chose de cohérent, je vois que le Brésil propose un tour national crédible cette année avec leur confédération CBRASB, l'Australie aussi avec l'ABA. 
En France il y a de bons organisateurs pour les coupes fédérales mais je déplore juste que les contests soient lancées trop souvent encore en 2014 dans des vagues moyennes la plupart du temps et surtout avec des résumés introuvables sur le net même si ça n'est pas tout le temps le cas. L'avenir est dans la waiting period, et surtout donc dans les reports photos et vidéos de qualité, je ne vois pas d'autres moyens pour rendre le bodyboard crédible sur le plan de la compétition. Je pense à Gwen Renambot et à son équipe qui peuvent être fiers du projet Annelle Challenge, cela donne une chouette vitrine pour la Bretagne et la France. L'autre alternative est de continuer à proposer des montages vidéos qualitatifs qui mettent en avant le bodyboardeur et sa région, ça se fait de partout dans le monde et c'est plutôt pas mal. Dans le Cap Sizun j'encourage les jeunes qui surfent bien sur cette voie avant de les orienter sur les contests. 


Croisons les doigts pour les doigts pour que ça avance tranquillement mais surement avec l'APB. 
On entend rarement parler de toi, et pourtant, tu scores, souvent seul, discrètement, sur un coin de côte finistérien peu connu de tous.
Peux-tu nous en parler ? Pourquoi ce choix de rider tranquille ? Je me rappelle de vieilles photos parues dans Emglev (ancien webzine/fanzine breton monté par Jacques Kerveillant et Ronan Gladu), un wedge monstre en droite et toi dans le barrel, complètement barré, c’était par chez toi ça, nan ? 

Le Cap Sizun est divisé en petites communes, des villages entre des champs et des ports ; tu croises moins de gens qu'ailleurs mais la qualité de vie y est très bonne. Effectivement à partir de 10 ou 15 personnes sur le même pic je préfère m'abstenir ou alors il faut vraiment que ça soit un bon jour : je déteste me battre dans l'eau. C'est un peu dû au fait qu'au milieu des années 90 j'ai eu la chance parfois seul ou avec deux amis à l'époque de découvrir plusieurs spots adaptés au bodyboard qui n'avaient jamais été surfés, j'ai passé des hivers quasi complets en solo, chose totalement improbable aujourd'hui. Ça ne me donne aucun droit de plus que quiconque car la mer n'appartient à personne mais je me sens privilégié d'avoir vécu ça et j'ai donc été probablement un peu trop habitué à ce luxe ! 




Ceci dit ça fait presque 15 ans que des vagues bien connues de chez nous comme Saint Tugen sont absolument surpeuplées les week-ends où ça marche, avec comme partout ailleurs un nombre impressionnant de glisseurs sans respect ni éducation au line up. Bon, on s'y fait à force (rire). 



Dans le milieu des années 90 sur Douarnenez il y avait déjà quelques bons bodyboardeurs avec qui j'ai appris des choses rien qu'en les regardant surfer, je pense à Nico Filly, Sébastien Le Cleac'h ou Yannick Roudaut, premier rider à rentrer des ars dans le coin. Vers 2002 je me suis beaucoup rapproché de Jacques Kerveillant, un gars très talentueux qui faisait de la vidéo et de la photo, il m'a proposé de rentrer dans le projet « glisse bretonne », puis le magazine « Emglev » avec Ronan Gladu plus tard. Il m'a énormément aidé, certainement une de mes plus belles rencontres dans le boogie avec Gaetan Vigouroux. Il y d'autres personnalités incontournables de l'histoire du bodyboard breton avec qui j'ai appris aussi comme Nicolas Kerebel, Mik Baccon, Laurent Jegoudez, Maël L'Helgouac'h, Yves-Marie Le Fourn, Yann Salaun tout jeune pour ne citer que ceux avec qui je surfais de temps en temps et qui poussaient le level. Les droites du Cap Sizun ont formé quelques très bons riders aussi, je pense forcément à Stephane Herjean, Irwin Cloarec, Nicolas Moallic, Antho Carval ou Christophe Quéré. En DK aussi Richard Kerninon et Antho Le Nair, deux grandes légendes (voilà pour le name dropping je ne cite plus aucun rider jusqu'à la fin). 

Nous surfons plus de bowls en beachbreaks que de roches dans le coin alors on passe du temps à observer l'apparition ou la disparition du sable pour savoir où aller. En ce qui concerne la photo en question elle était parue à l'origine dans BBmag. Disons que c'est le type de spot super capricieux qui va te donner sur un créneau de 3h 5 à 6 vraies bonnes vagues suivant les années. À dix au pic tu as intérêt d'avoir pris un anxiolytique ou d'être stone au cas où... Si je n'avais pas été dans les tous premiers à la surfer depuis 15 ans, je ne fréquenterais pas l'endroit. 




Mais d’ailleurs, tu surfes avec quel matériel en ce moment ? Et à tes débuts ? Tu dois halluciner dans l’amélioration des techniques et des matériaux utilisés ? Je parle planche, mais également au niveau des prévisions météorologiques, internet a tout changé, tu t’en sortais comment avant ? J’avoue avoir surfé 2 ou 3 ans avant que Windguru et tout le tralala n'apparaissent, c’était la loterie au niveau des sessions, mais bon, j’avais pas non plus les mêmes exigences. 80 cm onshore en février avec 20 minutes de mobylette sous la flotte ça me donnait quand même le sourire !

Haha, et tu sais nos parents nous racontaient qu'ils avaient une orange à Noël, nous on dira à nos gamins qu'on a vécu avant l'existence d'internet, ça leur donnera une occasion de nous traiter de vieux cons (rire). 
Oui pardon je reviens au sujet, il y a 15/20 ans on surfait tous du dow avec un mesh, des fois sans et le stringer n'existait pas. Il m'arrivait de plier des planches en 2 mois. Manta a débarqué un peu plus tard dans le quartier et là on s'est mis a surfer la eppo gun, la eppo air et consort, des boards très légères en pp épaisses avec des slicks en hdpp et des bat tails, des portes souvent trop grandes mais qui marchaient quand même assez bien. Je me souviens aussi d'une board en Arcel que m'avait shapé Beuglot (T-BEUG) sur Anglet, le noyau le plus rigide du monde (rire), ça n'était pas du tout adapté chez nous mais j'en garde un super souvenir. 

Aujourd'hui j'ai la chance d'être soutenu par Isaac Torres qui a créé la marque ARIN, un shaper espagnol qui me fait des customs à mes côtes avec un core en PE haute densité, c'est léger avec beaucoup de ressort, ça marche très bien ici. Je surfe des planches petites pour mon gabarit (41,25 pour 1M87) mais avec des wide point plutôt confort (21,5 à 22) et plus fines que le 5,5 cm standard. Contrairement à ce que je peux lire ici ou là sur le sujet, l'industrie du bodyboard (broady factory/AGIT pour ne citer qu'eux) fait évoluer les planches d'une saison à une autre sans cesse, peut être un peu moins en terme de shape mais en terme de combinaisons de noyaux c'est une certitude.






Pour finir avec Internet… j'en parlais avec un ami dernièrement et nous en sommes venus à la conclusion que c'était quand même une belle saloperie sur certains points, en particulier les prévisions météo : tout est pré-mâché aujourd'hui à un tel point qu'une belle session est devenue aussi consommable qu'un macdo ; entre ça et les « selfies » ou statuts « yeah bro good surfing day » en tout genre sur Facebook, le aloha surfing spirit s'est transformé en une beaufitude calamiteuse. Un peu quoi. 


Tiens justement, tant qu'à parler Facebook, quand je vois le nombre actuel de photographes, bretons et français en général, je me dis qu’en unissant un peu plus nos forces (plutôt que de penser au plaisir immédiat du nombre de likes Facebook, hein nos amis photographes ?!), on pourrait voir naître un nouveau mag de bodyboard national. Sérieux, pourquoi il n’y en a toujours pas ? (Slab, ne vous inquiétez pas, on sait que vous êtes là !) 

Jérémie Barlog fait un super job avec Slab, mag pointu avec des articles intéressants. Monter un magazine est un projet ambitieux et ça pourrait se concrétiser mais il faut de l'argent. On a pu le constater ces derniers temps : les annonceurs se font de plus en plus rares quand un projet de presse papier se présente et ça se généralise à l'Europe comme on pouvait le lire à la fin de l'année dernière sur le site Riptide par exemple. Il y avait une interview très intéressante d'António Fonseca, l'un des deux fondateurs du célèbre Vert mag qui s'est centré aujourd'hui sur son site web à défaut de ne plus pouvoir sortir le magazine papier. 





Je me permets un autre petit aparté sur Facebook. J'ai un compte c'est vrai et je m'en sers pour mes activités artistiques ou pour le bodybard mais je m'y connecte de moins en moins parce que ça reste quand même une foire, une kermesse égocentrique incommensurable les veilles et les lendemain de bon surf par exemple : tu peux y voir des statuts plus débiles les uns que les autres, avec une quantité journalière impressionnante de photos où se mélangent des bons clichés et des choses parfaitement inintéressantes. L'internaute regarde le truc une demi seconde, « like » et passe à autre chose, c'est triste. Je pense que ça a participé à tuer Bodyboard mag même si ça n'est pas la seule raison. 

Bodyboard mag à disparu, mais d'un autre coté quelques petit projets (beaucoup plus discret mais pertinents) sortent de terre. Notamment ton blog SPIT 1997, contenant uniquement des interviews de riders « underground » ? Finalement c’est un blog à ton image, non ? Tu peux nous en dire quelques mots ? 

J'ai toujours voulu faire quelque chose pour le bodyboard comme encadrer les jeunes ou juger sur les coupes fédérales, mais je n'ai pas l'énergie pour ça. Je suis plus à l'aise à l'écrit alors m'est venu l'idée en avril dernier de faire un blog très simple avec quelques interviews, des tests, et aider si je peux quelques bodyboardeurs.
J'ai un petit lectorat et ça me va très bien, il n'y a pas de finalité commerciale derrière. Pour l'instant j'ai présenté des échanges avec des personnes peu connues à part quelques pros car je m'intéresse surtout à des individus dont on entend pas ou plus parler mais qui dégagent quelque chose, c'était le cas pour Jacob Reeves par exemple, il a tellement poussé la technicité de ses moves sur les bowls californiens il y a 10 ans que l'on peut encore largement regarder ses profiles aujourd'hui sans se dire que ça n'a plus rien à voir avec le bodyboard actuel. 
Pour la série sur les riders californiens en DK je voulais décrire au lecteur différents types de vies de locaux un peu puristes. C'est vrai qu'il y a beaucoup de ricains sur spit97 mais j'ai connu toute la période où les USA dominaient le bodyboard mondial alors forcément, ça laisse des traces (rire). On verra comment ça va évoluer. Il y a aura quelques Français bientôt dont un ami plutôt talentueux sur les vagues du quartier, je n'en dis pas plus... 


Trêve de boogie, c'est nul et c'est un sport de touristes.
C’est grâce à la marque Phenüm que j’ai découvert ton penchant pour l’art. Depuis quand t'es-tu mis à dessiner ? Quels sont tes inspirations et quelles techniques utilises-tu ? Le fait de dessiner pour toi c’est juste un hobbie de plus, ou tu as besoin de ça pour maintenir un certain équilibre dans ta vie quotidienne ? 

Je peins depuis toujours, le dessin je m'y suis mis il y a 10 ans mais je ne me considère pas comme un dessinateur. Pour faire simple je cherche des trames graphiques et je les pose sur un support, toile ou papier en les répétant ; je les fais cohabiter avec de la peinture au couteau sur des toiles ; soit il y a une représentation voulue de visages ou de personnages complètement imaginés soit c'est une recherche de couleurs et de mélanges sur des grands formats. C'est comme une étude continue et intense, elle est assez lente car je fais d'autres choses à côté mais j'avance. J'ai un peu progressé ces derniers temps, je publierai ça sur mon Tumblr bientôt. J'aimerais produire dix grandes toiles d'ici la fin de l'an prochain et faire une belle expo seul... Je n'y suis pas encore (rire) ! 




Tu peux nous dire 2-3 mots sur tes collabs avec Phenüm ? Tu connais Ific (le boss de Phenüm) depuis quand ? Et l’idée de cette collaboration vous est venue comment ? 

Ific m'a contacté un jour il y a maintenant 5 ans pour me proposer de participer artistiquement aux événements du label, on avait dû se croiser juste une ou deux fois avant. J'ai fait la première expo Phenüm avec Donnie Karma et les autres artistes du crew au Vauban à Brest en 2009, c'était chouette, un truc différent venait de se créer. En 2012 j'ai dessiné pour notre première collaboration artistique une forme de visage sur fond noir de constellations, une référence entre autres à Pinhead du film Hellraiser pour lequel la journaliste Aurore Krol m'a aidé. L'an dernier on a édité un autre visage sur fond noir qui s'intitulait XY, une petite étude sur le lien animal/humain. Ça vient comme ça, lorsque je me cale sur un thème donné je suis plutôt mauvais (rire) alors je propose des choses à Ific de temps à autre, certains de mes travaux lui parlent plus que d'autres. 


Rien à voir, mais en plus d’être chauve, tu es végétarien. Putain, je suis sûr que tout le monde s’en fout, mais je voudrais savoir, pourquoi ce choix ? Straight Edge jusqu’à la moëlle Fred ?! 

Hahaha, tu essaies d'entraver ma street credibility? 
Non sérieusement c'est une longue histoire, un concours de circonstances qui m'ont emmené à ça. Pour faire court j'ai paradoxalement eu des problèmes pour fixer mon fer dans le sang à la suite d'une anémie il y a 10 ans, comme ça d'un coup. Ça m'a mis sur le carreau plus d'une année entière, j'étais fatigué tout le temps alors que je mangeais de la viande tous les jours, je me forçais mais rien n'y faisait à part m'en dégoûter. 
Parallèlement j'essayais d'assurer localement la protection d'un dauphin solitaire qui « résidait » à cette époque dans le Cap par le biais d'une association de Paris et c'est là que j'ai rencontré Éric Demay, un cétologue connu qui venait de sortir un livre là-dessus. Voir tout ces gens qui se baignaient volontairement avec l'animal en l'habituant au contact humain juste pour reproduire le trip Jacques Mayol (enfin celui qu'ils avaient vu dans le film ou à la télé), ça m'a fait péter les plombs car c'était le meilleur moyen de le conforter à ne plus jamais réintégrer un groupe. Je suis même devenu quasiment misanthrope pendant cette période. Petit à petit je me suis porté sur la condition animale, et comme j'aime bien aller au bout des choses... J'ai fait une croix sur la viande, le cuir, les médicaments, cosmétiques, enfin tout ce qui était lié de près ou de loin avec l'exploitation animale. 
Aujourd'hui je me suis calmé, je relativise, mais je ne mange plus jamais de viande.
Pour l'alcool je bois du vin de temps en temps, je ne suis pas si straight edge que ça (rire). Je n'ai jamais réellement lié cela au fait que j'écoute du punk hardcore. 



Ahaha okay, merci Fred, me (nous) voilà renseigné ! 
Je pense qu’on a fait le tour d’une bonne partie de ta personnalité, mais il me semble important pour compléter ça d’aborder tes goûts musicaux et cinématographiques. T’écoutes quoi en ce moment ? Et si tu avais 2/3 albums de référence ce serait quoi ? Niveau films, tu as vu des trucs cools dernièrement ? 

Le dernier film qui m'a marqué c'est Her de Spike Jonze qui est sorti il y a un mois. Bon, ça reste une comédie romantique, ça fait pas terrible sur le papier mais Joaquin Phoenix joue dedans et ça se tient vraiment. 
Sinon il y a ça sur mon lecteur en ce moment : Leaded de NRA, une grosse référence du hardcore mélodique fin 90's ; Front End Loader, un groupe punkrock oldschool qui passait dans les underground tapes de Chris Stroh ; et puis des choses différentes comme le dernier Miossec que j'ai bien aimé, et le 64ème opus de Frédéric Chopin. 


Le tout sur un walkman radiocassette j'imagine ! 
Merci à toi Fred d'avoir répondu aux questions ! 


Merci à vous surtout d'être restés cools malgré le temps que j'ai mis à vous répondre (rire), Forward Krew est un très bon site, j'invite tous les jeunes riders à le coller dans leurs favoris avant Youjizz. Et un grand merci aux personnes qui me soutiennent depuis le début dans mes différents projets, ça donne envie de continuer, vraiment.

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Les mecs, déconnez-pas, soutenez ce genre de types, hyper cools et passionnés... 
Par la même il propose du très bon matériel dans son épicerie boogie (il vient d'ailleurs de recevoir des Zion).

Retenez l’adresse de DEZERT POINT : 
5 place Locronan, 29000 Quimper. 



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Interview : Hemidy Basile
Merci également aux différents photographes qui nous ont donné quelques clichés pour alimenter l'article.


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15/04/2014

SIMPLY PANAMA


Intro: Jeremy Landrein / Photos © DAVO FEVER



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Comme tout bodyboardeur, de nombreux voyages hantent nos rêves. 

Il y a des destinations qui se choisissent par sécurité, où la certitude de se glisser quelques bombes pendant le séjour n'est pas une légende. L'exotisme de certaines autres destinations moins connues pourrait rester un rêve si la prise de risque n'existait pas. 
Certains de ces spots sont plus capricieux en terme de vagues, donc plus hasardeux à choisir comme destination de surf trip, à moins de prévoir dans ses bagages un aimants à vagues très puissant.
Ajoutez à ça le fait d'avoir un planning assez libre pour choisir une date de départ mobile permettant de scruter la moindre carte marine avec vigilance. 

C'est ce qu'ont décidé de faire Alan, Germain, Yo et Thomas en glissant dans leurs valises notre Davo Fever national. Booker une dizaine de jours de vagues parfaites, la veille pour le lendemain, en mer des Caraïbes.

C'est donc possible, à vous de bien poser vos RTT !




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Intro: Jeremy Landrein / Photos © DAVO FEVER



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